Allocution de l’abbé Xavier Beauvais

Se sont rassemblés ici toux ceux qui communient dans le même sentiment de fervente et admirative vénération pour celle que saint Pie X nommait « l’astre nouveau appelé à illustrer non seulement la France, mais l’Eglise tout entière », Jeanne d’Arc, sainte Jeanne d’Arc et son œuvre unique dans l’histoire de la France.

Léon Daudet dans ses souvenirs politiques, a très justement défini en deux mots l’hommage que nous effectuons par ce défilé « un défilé de glorification  et  d’intercession ».

« C’est ce qu’on a appelé, écrivait-il, le cortège traditionnel qui groupa dans un imposant ensemble toute la jeunesse patriote et catholique de Paris. Le défilé fut tantôt interdit, écrit-il, tantôt encouragé, selon que la tendance ministérielle était carrément antinationale, ou internationale , ou à peu près nationale.

Mais contre vents et marées les camelots du roi ont imposé le cortège traditionnel depuis 101 ans. Les efforts faits pour l’amoindrir et par les républicains, et depuis 1926 par l’archevêque de Paris – touchante alliance ! – n’aboutirent qu’à le renforcer et à lui donner plus d’ampleur ».

A l’initiative de Civitas, celui-là ne veut en supplanter aucun autre, mais donner encore plus d’ampleur à cette fête officiellement nationale le deuxième dimanche de mai et marquer peut-être plus encore le caractère catholique.

Et c’est aujourd’hui toute une foule qui accourt aux statues de l’héroïne, la couvre de fleurs, l’invoque, la remercie, la célèbre.

Quelle est donc celle que nous glorifions, que nous vénérons et dont nous demandons l’intercession ? Léon Daudet nous le révèle magnifiquement :

« L’histoire miraculeuse et exemplaire de Jeanne d’Arc nous montre le sommet de l’héroïsme pur. Pourquoi ? Parce qu’entre elle et la vérité religieuse, politique, humaine, il n’y a aucun écran d’origine trouble […]

Voilà une âme libre d’entraves et demeurée telle qu’au sortir de l’animation par son Créateur.

Il y a en elle la sécurité d’une fleur ouverte à la lumière. Elle est une personnalité sans scories et sans ombre, un dessein de feu dans l’azur moral […]

Il n’y a rien ici-bas, depuis le sacrifice de la Passion, de plus beau, de plus pur, de plus miraculeux que l’histoire de Jeanne d’Arc qui semble une suite des Evangiles où le divin palpite dans l’humain. Cette histoire est un principe de salut, une étoile au-dessus de la patrie ».

Jeanne, cette jeune paysanne héroïque, cette  jeune Lorraine au destin national, cette héroïne médiévale et française, cette « femme au cœur viril » selon l’expression de Pie XII, cette sainte,  vierge et martyre,  a encore aujourd’hui une fonction mobilisatrice et dynamisante.

Toute jeune fille, petite bergère sans instruction mais pleine d’une foi magnifique et sublime, d’une confiance intrépide, docile à sa vocation, à la mission que Dieu lui assignée, montre assez bien aussi que même une fragile jeune fille peut devenir une Jeanne d’Arc, lorsque Dieu lui donne la force de son bras.

C’est donc la nation chrétienne aujourd’hui ici rassemblée « comme une  grande famille, disait Pie XII en 1956, qui retrouve en  l’un de ses enfants, l’incarnation de ses valeurs les plus hautes et les plus représentatives »

C’est donc la nation chrétienne rassemblée pour célébrer celle qui selon Shakespeare est « la mal jugée dont le sang crie vengeance aux portes du ciel ».

Vous unit cet après-midi un même sentiment de fervente et admirative vénération pour sainte Jeanne d’Arc qui constitue le plus beau joyau du patrimoine national français, le plus beau  par les incidences de sa mission militaire et politique, mais plus encore le plus beau par la dimension spirituelle de sa personnalité  et les conséquences qui en découleront.

Elle a conquis au prix de la prison et des coups, au prix de son martyre, le droit au culte public, le culte populaire de la rue. Et pour reprendre les propos de Maurice Pujo « votre action, aujourd’hui, relève l’image sacrée de Jeanne d’Arc, la sainte de la patrie autour de  laquelle vous restez groupés et dont l’étendard à son tour vous défend ».

Ce sont les malheurs de notre nation, la pitié pour le saint royaume de France qui, quatorze cents ans après la mort de Notre-Seigneur, après sa Passion, lui ont fait envoyer du ciel une sainte Jeanne, suscitée  miraculeusement dit la liturgie pour défendre la foi. Fait unique dans l’histoire. Dieu n’en a jamais autant fait pour une nation – que cette irruption de la politique céleste en faveur d’une politique terrestre, pour sauver une patrie charnelle et faire reconnaître juridiquement – par la messagère, la royauté que le Christ exerce sur cette nation. En Jeanne se conjuguent excellemment et se personnifient le droit naturel (elle est la sainte de la patrie) et le droit chrétien (elle est le héraut de la légitime royauté sociale de Notre Seigneur Jésus-Christ). Et de la par la volonté du Roi du ciel, elle a travaillé pour accomplir une mission nationale, une mission touchant sa propre patrie. Voilà une raison de cet hommage à sainte Jeanne d’Arc, une raison qui s’explique par le fait que l’Eglise ne peut ignorer la réalité nationale.Le Père Calmel a très bien exprimé cette pensée.

Nous pourrions avoir à nous repentir d’oublier que le Christ est encore Roi des nations. Oui Dieu est intervenu par un miracle pour permettre à la France de survivre chrétiennement par le moyen du roi sacré. Nous avons là dans cette page mémorable de l’histoire de notre pays, la preuve de la possibilité d’une intervention divine. Dieu peut donner aux hommes des messages de salut temporel et chrétien par la médiation des anges et des bienheureux, et il a donné ce message en faveur de cette patrie chrétienne qu’est la France. Il a été manifeste que la puissance du Très-Haut a soutenu les troupes de la fille de Dieu. Dieu est en effet libre d’intervenir par des voix et par une sainte messagère afin de rétablir l’ordre des choses contre des usurpateurs. La foi et la ténacité indomptables de Jeanne auront raison de toutes les lâchetés. On a là l’affirmation pratique d’une  vérité qui se tient avec la foi :

-       la réalité des droits de Dieu sur une patrie chrétienne ;

-       la possibilité de faire reconnaître ces droits par un miracle.

La main de Dieu sur l’histoire se manifeste ainsi par les saints et les héros qu’il envoie  comme des anges de Dieu sur la terre. L’exemple de sainte Jeanne d’Arc est sans douter le plus extraordinaire et le plus clairement surnaturel.

Trois motifs lui firent surmonter les obstacles, expliqua le Pape Pie XII, trois motifs qui lui feront ignorer les périls, affronter les grands de la terre, se mêler aux problèmes internationaux de son temps et même se transformer en capitaine habillé de fer, pour monter, terrible à l’assaut comme Marie sa mère, terrible comme une armée en bataille.

1)    elle fut choisie de Dieu ;

2)    la conscience inébranlable de sa mission

3)    son désir ardent de sainteté, alimenté par la  volonté de mieux correspondre à sa  très haute vocation.

En tout cela, elle a fait œuvre de justice.

La première justice du chrétien à l’égard de la cité temporelle est de ne pas se rendre complice de l’injustice, or, écrivait le Père Calmel, « la démocratie révolutionnaire, qu’elle soit totalitaire ou libérale est une injustice criante, une négation ouverte ou sournoise des premiers principes du droit naturel. Une telle démocratie engendre comme ses fruits naturels, le laïcisme, la dissolution de la famille, la socialisation de toute chose. Or, de cette justice politique chrétienne le Seigneur a donné à notre patrie des exemplaires éminents en la personne de saint Louis et de sainte Jeanne d’Arc ». En sainte Jeanne d’Arc, Dieu prenait alors en main les affaires de la chrétienté.

« Ce n’est pas comme tout soldat digne de ce nom, écrivait encore le Père Calmel, c’est-à-dire un soldat qui est prêt à se faire tuer pour défendre la patrie, que Jeanne d’Arc a consenti à être brûlée vive. Ce n’est même pas à la manière du soldat chrétien qui marche à la mort pour l’amour de Dieu, parfois même pour coopérer par sa mort à la conversion de sa patrie. La mission de Jeanne d’Arc est d’origine proprement céleste et miraculeuse. Elle consiste à attester cette grande vérité que le Seigneur Jésus a des droits sur les patries de la terre. La mission de Jeanne a bel et bien été la reconnaissance pratique, effective, par le moyen du sacre, des droits du Seigneur sur le royaume de France. Voilà pourquoi Jeanne est à bon droit proclamée la sainte de la patrie. L’essentiel de sa mission c’est le sacre ; quand le sacre sera  accompli, les Anglais auront essuyé leur plus grande défaite.  Et dans une époque pétrie de foi religieuse, Reims est un signe qu’on respecte ».

La mission fut remplie, les Anglais furent boutés hors du royaume. Dieu voulait que la France continue : il voulait sans doute garder à l’avance aux Français la foi catholique, et se servir encore d’eux au cours de l’histoire.

Mais pour comprendre la vocation divine de Jeanne d’Arc et les raisons de notre vénération aujourd’hui, il faut méditer sur sa passion sans laquelle l’histoire de batailles serait fausse. On peut, et il faut rêver d’équipées ardentes telles qu’on les connut dans ce qu’on pourrait appeler la chevauchée de Jeanne d’Arc, mais ce sont dans les flammes de Rouen que s’accomplit la vraie rédemption.

La France a connu bien des chutes. Mais, et c’est là un appel à l’espérance, à la vertu d’espérance qui cependant ne doit pas nous faire oublier que chacun de ses redressements a toujours été marqué du signe catholique. Toujours, partout, la renaissance politique pour être durable et vraiment féconde, apparaît chez nous explicitement imprégnée de surnaturel. Et c’est cela qui a donné au vouloir de sainte Jeanne d’Arc une fermeté inébranlable, c’est-à-dire la confiance surnaturelle qu’elle avait dans la destinée de la France  « Quand le roi doute, disait le Père Janvier, quand les politiques désespèrent, quand les guerriers succombent, quand l’ennemi occupe les 3/4 de notre pays, quand les parlements, les universités trahissent, quand le peuple périt de découragement, quand tout semble perdu, sans excepter l’honneur, Jeanne n’est point encore parmi ces prophètes de malheur qui chantent en lugubres accents les ruines irréparables. Elle a confiance, car, si l’on aime, on ne supporte pas la pensée que l’être aimé va disparaître, on espère contre toute espérance, on attend que les agonisants surgissent de leur grabat et que les cadavres sortent de leurs tombeaux. Mais si sa confiance est inébranlable, c’est qu’elle  sait que Dieu aime les Francs et qu’Il donne toujours à ceux qu’Il aime, hommes ou peuples, l’immortalité. C’est pourquoi Jeanne est de ceux qui disent : La France souffre, la France s’égare, la France agonise, la France râle, mais la France ne meurt pas ».

Je laisse le mot de la fin à saint Pie X qui nous redirait certainement ce qu’il avait dit à Monseigneur Touchet, évêque d’Orléans présent à Rome, le 13 décembre 1908 pour la béatification de  sainte Jeanne d’Arc :

« Vous direz à vos compatriotes que, s’ils aiment la France, ils doivent aimer Dieu, aimer la foi, aimer l’Eglise qui est pour eux tous, une mère très tendre comme elle l’a été de vos pères. Vous direz qu’ils fassent trésor des testaments de saint Rémi, de Charlemagne et de saint Louis. Ces testaments qui se  résument dans les mots si souvent répétés par l’héroïne d’Orléans : Vive le Christ qui est Roi des Francs ! »

Categories: Eglise Catholique, jeanne d'Arc, média | Laisser un commentaire

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